28 mai 2018 à 21:28

Etalagiste : •

Roger Waters en concert à Lyon

Chronique

Mercredi 9 Mai 2018 : pour une grande partie de la France, c’est un simple jour de travail entre deux jours de ponts.

Mais pour une poignée de fans, c’est un jour de quasi pèlerinage au temple de la Halle Tony Garnier de Lyon. En effet, à 20h00 précise d’après le billet, un demi-dieu du Rock anglais va venir fouler la scène, pour une intense communion musicale.

Roger Waters n’a prévu de visiter que 3 villes de France : Paris pour deux soirs, Lille & Lyon. Lyon étant vraiment le lieu de convergence du Sud. Nous avons à côté de nous en tribunes : des Marseillais, des Toulousains et des Corses. On en rigole même, à croire que les lyonnais n’aiment pas être assis 😉

Nous rentrons dans la salle vers 19h30. Elle se remplit régulièrement. Il n’y a quasi plus de place à 20h, quand les lumières s’éteignent pour laisser apparaître une femme assise sur une dune, face à la mer au loin. Jusqu’à 20h20, il ne se passe pas grand chose. Juste l’écoute d’une bande son digne de Bass Communion (les fans de Steven Wilson qui ont vu la tournée de 2011 comprendront) et quelques subtiles mouvements sur la plage, ou dans la position de la demoiselle. Puis à 20h20, les dernières lumières en salle finissent de s’éteindre. Le ciel se remplit de rouge avant d’exploser. Le Show peut commencer !

Breathe, ou comment commencer par l’album emblématique du groupe. Je suis aux anges !

One of these Days en second titre est la démonstration, si nécessaire, de l’importance de la basse pour les Pink Floyd et donc, de l’importance du bassiste Roger Waters. Le bougre nous sort des riffs qui transpirent le Rock. Assez magique.

Time, puis Breathe et enfin Great Gig In the Sky marquent le retour de Dark Side. On ne peut être déçu, même si ici et là je sens la voix de Roger comme fatiguée, épuisée et en manque de puissance. Pour tout dire, ça m’inquiète même un peu : je ne voudrais pas me dire que j’ai vu trop tard Roger Waters, comme ce fut le cas pour Bob Dylan. Mais la suite me prouvera rapidement que non.

Welcome To The Machine sera le vrai coup de coeur de ce début de concert. Ça claque, ça pête et là : mes doutes s’envolent en éclats, avec cette voix qui martèle violemment les mots plus qu’elle ne les chante ! Elle n’avait peut-être que besoin de se chauffer.

Mais revenons un peu en arrière pour évoquer Great Gig In the Sky. Les visions Gilmourienne et Watersienne de l’héritage Pink Floyd seront évoqués plus tard et plus en détails, mais je tiens à exprimer ma grande déception de l’interprétation de ce monument central de Dark Side of The Moon. En effet, et à priori seulement sur leur dernière tournée respective, les deux artistes ont fait le choix de doubler, voire même tripler le chant, exploitant tous les choristes sur scène. C’est pour moi une erreur sans nom. Le message même du morceau est alors bafoué et j’ai l’impression d’entendre une cover marketing digne de The Voice. Et s’il est probablement compliqué de retrouver le calibre de Clare Torry, nos deux accolytes avaient bien trouvé des solutions dans le passé. Pour Pulse, sur la tournée de 1995 des Flamands Roses, David Gilmour avait choisi la chanteuse Sam Brown : c’était juste parfait et j’ai encore en mémoire cette interprétation d’une sublime puissance ! Et David utilisera encore la magnifique voix de Sam sur d’autres tournées. Quant à Roger Water, il avait lui aussi  choisi d’exploiter tout le talent de sa choriste en 2007.

Mais revenons sur le concert. La fin de la première partie est plus anecdotique pour moi. Les trois titres de Is This The Life We Really Want ? ne sont pas vraiment percutants. Wish You Were Here est auditivement et visuellement sublime, mais ensuite la partie The Wall n’est pas vraiment intéressante. Pour tout dire, les danseurs lyonnais sur scène me rappelleront un sombre pastiche aixois de The Wall, aux danses et à la scénographie tout aussi incertaine voire même ridicule (spéciale dédicace à Peter, qui se reconnaitra !)

Roger quitte ensuite la scène, sur un grand RESIST qui occupe le fond de scène. Et il nous promet un retour en fanfare après la pause. Je cite : « After the break, Oulalala !! ».  A vrai dire, j’espère que ce teaser de la suite est vrai, car cette première partie me laisse un drôle d’effet. Ce n’est vraiment pas un mauvais concert, mais je ne m’extasie pas pour autant. Visuellement c’est pas mal, mais j’en attend plus. Et j’attends aussi d’autres titres, afin qu’on s’éloigne un peu de Dark Side, ou de The Wall.

Et bien, le « Oulala » annonciateur de Roger n’était pas une parole en l’air ! Avant même le retour du groupe, on se prend de gros coup de gyrophares sur une structure suspendue au milieu des Halles. Puis cette même structure s’abaisse pour s’arrêter à quelques mètres du public. Et, dans un effet quasi magique où des projections d’images viennent s’ajouter à des écrans qui sortent de la structure, on voit apparaître la Battersea Power Station, bâtiment mythique de l’album Animals. Je ne m’extasie que deux fois dans un train : quand je passe devant l’abbaye de Cluny en TGV et quand je fais de même devant cette station électrique, en prenant le Gatwick Express à Londres. C’est pour vous dire son importance dans ma culture ! Je suis comme un gosse devant un Avengers, ou comme un geek devant un Stars Wars. Et ce soir, les quatre cheminées fument. Voilà Dogs qui commence. Je peux mourir en paix… le plus tard possible tout de même 😉

Mais en fait non, le must est encore à venir avec Pigs ! C’est un véritable brûlot visuel anti Le Pen, anti Staline, anti Theresa May, anti Bachar al-Assad, anti Bush, etc… Mais surtout anti Trump ! Et c’est aussi un des plus magnifiques titres du groupe, avec des cassures d’une beauté hors norme. Je crois que j’en pleure, sous le regard du cochon gonflable marqué lui aussi d’un slogan anti Trump !

Voilà le concert que je voulais vivre. C’est immersif, c’est Rock, c’est puissant, c’est trippant et c’est musicalement d’un niveau monstre. Je retrouve là le Roger Waters de la tournée The Wall !

Je suis sur un nuage jusqu’à la fin du concert. Le moment peut-être le plus fort sera la prise de parole très engagé de Roger avant Mother. Pro Palestitien, pro libertés individuelles, il fustige Macron d’avoir oublié la révolution de 1789. C’est peut-être démago venant d’un business-man multi millionnaire, mais ce vieux Monsieur qui crie et semble d’une sincérité sans borne, moi ça me touche.

Si je suis alors heureux d’entendre Mother, je suis aux anges d’entendre Comfortably Numb qui voit des lumières arc-en ciel s’ouvrir au milieu de la pyramide de laser. Il n’y a vraiment qu’un Pink Floydien pour faire ce choix visuel.

Ce mec a définitivement marqué ma soirée et même probablement ma vie.

Alors : Gilmour ou Waters ?

S’il est un débat aussi vieux que moi, c’est bien celui de savoir qui de David Gilmour ou de David Waters  honore le mieux l’héritage de ce groupe précurseur et essentiel qu’est Pink Floyd.

Et si je n’aurai jamais la chance de voir le groupe initial, je suis heureux et fier d’en avoir vu Live les deux principaux protagonistes, plusieurs fois. J’en arrive donc à avoir mon propre avis, basé sur mes impressions.

Globalement, je crois être plus un pro Waters : ce mec a le Rock qui coule dans les veines et il va chercher l’énergie du public, ainsi que de ses musiciens. J’ai plus qu’adoré vivre en Live The Wall complet, avec le mur, comme en 1980 et même en mieux. Et c’est fabuleux d’entendre le docteur de Comfortably Numb, qui presque me parle de mes propres malaises. Surtout accompagné de Dave Kilminster, aussi guitariste de Steven Wilson à ses heures perdues, qui le suit depuis des lustres. On en arrive presque à ne pas regretter les riffs du grand David, c’est dire. Il est clair que les choix artistiques de Roger sont les bons. C’est la voix et la voie Pink Floyd !

Mais pour autant, je dois reconnaître en David une musicalité hors norme. Personne ne sait faire chanter sa guitare comme lui. Il a son propre son, son propre touché et sa propre vie. Il n’est pas vraiment un showman, mais diable qu’il est bon. Sa tournée de 2016 n’est pas non plus sa meilleure, mais le voir aux Arènes de Nîmes, ou au Théatre Antique d’Orange, reste des expériences rares et uniques. Avoir aussi rejoué à Pompeii est aussi quelque chose, même si je ne suis pas fan du show ! Je suis par contre assez méga fan de sa tournée de 2008, qui semblait plus Rock et plus habitée. A vivre sur le Live à Gdansk. Parce que là, merde, il y a quand même  25min26s d’un Echoes juste époustouflant (avec Richard Wright au piano, s’il vous plait. Et ça change aussi tout !).

En fait, j’aimerai vraiment que les deux rejouent ensemble en Live. Là, ce serait merveilleux, comme ce soir de Mai 2011 où le Public de l’O2 à Londres découvre David en haut du mur pour le solo de guitare et la voix de Pink sur Comfortably Numb pendant la tournée The Wall de Roger. Il suffit d’écouter ce Live pour sentir l’émotion et la folie du public. J’en ai, là aussi, les larmes aux yeux à chaque fois. Et, soyons fous, rêvons d’un Nick Mason à la batterie. Ce serait si merveilleux… Un peu comme une reformation de Led Zepplin.

Composition

  1. 1er Partie : Breathe (Pink Floyd)
  2. One Of These Days (Pink Floyd)c
  3. Time (Pink Floyd)
  4. Breathe (Reprise) (Pink Floyd)
  5. The Great Gig In The Sky (Pink Floyd)
  6. Welcome To The Machine (Pink Floyd)
  7. Déjà Vu
  8. The Last Refugee
  9. Picture That
  10. Wish You Were Here (Pink Floyd)
  11. The Happiest Days Of Our Lives (Pink Floyd)
  12. Another Brick In The Wall Part 2 (Pink Floyd)
  13. Another Brick In The Wall Part 3 (Pink Floyd)
  14. 2eme Partie : Dogs (Pink Floyd)
  15. Pigs (Three Different Ones) (Pink Floyd)
  16. Money (Pink Floyd)
  17. Us And Them (Pink Floyd)
  18. Smell The Roses
  19. Brain Damage (Pink Floyd)
  20. Eclipse (Pink Floyd)
  21. Mother (Pink Floyd)
  22. Comfortably Numb (Pink Floyd)

Date Limite de Consommation

  • Nom de la tournée : Us and Them
  • Album défendu : Is This The Life We Really Want ?

Ingrédients

    • Roger Waters : Basse & Chant
    • Dave Kilminster : Guitare
    • Jonathan Wilson : Guitare & Chant
    • Gus Seyffert : Basse & Chant
    • Holly Laessig aka Lucius : Choeur
    • Jess Wolfe aka Lucius : Choeur
    • Jon Carin : Claviers & Guitare
    • Bo Koster : Piano et Orgue Hammond
    • Joey Waronker : Batterie
    • Ian Ritchie : Saxophone

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