Avis sur un show

09 octobre 2010

Stephan Eicher & Philippe Djian @ Théâtre des Salins (Martigues)

Une des meilleurs soirées de l'année avec tant de poésie, de belles paroles et de réelles émotions.

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Evaluation de la Soirée

Note global du concert, 6.0 - 2 votes
Pas d'Evaluation des internautes
Note d'Ysabel
Note d'Arnaud

1 : Pas du Tout - 2 : Un Peu - 3 : Moyennement - 4 : Beaucoup - 5 : Passionnement - 6 : A La Folie

Conditions de mise en boîte

Trois chansons, sans déranger tout le public assis.

Chronique

Etiquetée par Ysabel :

Un rendez-vous que je ne voulais manquer sous aucun prétexte …. Et oui, je l’avoue : Philippe Djian est certainement un de mes auteurs préférés. Et j’étais absolument impatiente de le voir en chair & en os … Et de l’entendre surtout !!!
Je me rends donc ce samedi soir d’octobre, le coeur léger et plein d’envie au Théâtre des Salins à Martigues. Je ne connaissais pas l’endroit : un très beau lieu, moderne et classe à la fois. Bref, tout se présente bien pour une excellente soirée.Le rideau est ouvert et la scène est extrêmement sobre : deux chaises hautes (façon tabourets de bar), l’une toute noire, l’autre en bois. Deux micros, deux pupitres et une guitare posée sur son socle. Le public est là, il les attend et est même impatient de les voir. Je me met dans l’ambiance.

Ils arrivent tous deux, avec beaucoup de simplicité et de sobriété sous un tonnerre d’applaudissement (si, si, je suis objective).
Djian, à son habitude, est en jeans (avec une petite chaine de rockeur sur le côté), tee-shirt noir et porte une très longue écharpe.
Eicher est en costume avec gilet et chemise blanche. Un petit air de D’Artagnan des temps moderne. Très très classe le Monsieur !!
Et nous y sommes : le spectacle commence …

Ils commencent par Durant Un Long Moment et c’est le plaisir qui commence aussi.
L’un chante, l’autre parle (et quelles voix …. ils sont ensorcelants). Ils se répondent à la manière d’un dialogue. Philippe Djian debout, main dans les poches et Stephan Eicher assis, une guitare blanche sur le genoux. Le concert se déroulera ainsi. En acoustique. Un pur moment de bonheur.

Avant le second morceaux, Djian tombe la veste 😉 et ils entament Pas d’amis.
Il récite les couplets, Eicher chante le refrain, puis ils échangent. Sans oublier le public qui y va de ses « Non, non, non … » pour leur plus grand plaisir à tous deux.
Ils vont quand même commencer à taquiner le public : « Dis donc Philippe, on est samedi soir là ! Tu ne trouves pas qu’ils étaient mieux hier ? ». Le public rit. Il est comme moi. Il est conquis par ce subtil assemblage de ces deux voix magnifiques.

Ils introduisent la suite Derrière le mur comme une chanson pas finie. Eicher dit qu’il va essayer d’en faire quelque chose et ils s’inquiètent tous deux de la fumée qui monte et de l’éventualité de devoir appeler les pompiers. Djian commence à lire le texte, sa branche de lunette dans la bouche et Eicher nous fait une magnifique impro à la guitare (si s’en est vraiment une ??!!).

Avant Confettis, nous avons droit à une de leur petite conversation off.
– Mais tu les écrit où tes chansons Philippe ?
– Ah, j’ai mes secrets …. Mais dans mon lit souvent. J’aime bien la position horizontale pour écrire ce genre de chose.
(Rire de la salle)
– Oui, ben il écrit des trucs pas possibles et moi je les subi après ! Et les gens pensent que ce sont mes pensées!!
Ce magnifique texte commence. Eicher à la guitare et tous deux se regardent sur la phrase « Je te laisse ta place au paradis … »  Et moi j’y suis déjà !!

Pour Dis Moi Où, Eicher nous explique qu’ils ont bien travaillé dans leur hôtel pour la terminer …. « Enfin toi plus et moi beaucoup moins ! » et à la fin du morceau, il se lève et termine en jouant avec ses dents !!! Si, si … Alors pas Rock N’Roll ce spectacle !!

Encore un petit interlude. Toujours dans une ambiance feutrée et intimiste. C’est génial; on a vraiment l’impression de partager un moment privilégié avec eux. J’adore !
– Cela fait combien de temps que l’on fait ce spectacle Philippe ?
– Deux ans.
– La première fois on avait très peur. Mais ce soir, pour vous : je me roule par terre ! Non, je vais plutôt vous jouer de l’harmonica.
– Non mais, sans rigoler : voilà le texte qu’il me donne pour faire une chanson !
Djian commence : « Ce n’est pas vrai, je n’ai jamais critiqué ta poitrine »
« Un tube ! » s’exclame Eicher
« Ben, tu voulais une chanson d’amour. » Et commence Vipère.

Eicher va lui aussi tomber la veste, salué par quelques sifflets discrets qui le font sourire. Puis il nous explique que normalement, Djian devrait être un train d’écrire son livre en ce moment. « Tous les soirs, il nous lit les deux dernières pages de son nouveau roman et d’ailleurs, son éditeur n’est pas content du tout ! » Djian lui répond les avoir oubliées, il propose de lire les deux premières à la place.

– Je préviens, je vais mettre une très mauvaise ambiance. Mais ça va bien finir. »
– Comment tu le sais, puisqu’il n’est pas fini ?
– Je le sais.
Et il commence par : « …Mon fils de 18 ans se tire une balle dans la tête au milieu du buffet … ». La salle est morte de rire et lui rassuré « Tu vois, ce n’est pas si terrible, les gens rigolent ! »
Il continu sa lecture, Eicher l’accompagne de quelques notes, le tout dans une ambiance très zen. A la fin de la lecture, il s’excuse « Tu vois l’ambiance pourrie que cela met. » Mais non, répond l’autre, on veut juste savoir la suite.

Va suivre Tous Les Bars qui nous laisse voir, encore une fois, la magnifique complicité qui les unis. Faite de regards et de sourires échangés. Eicher arrête même de jouer :

– Vous entendez ces textes ?
– Mais non, ce sont les mélodies qui font tout !
Et pour ne pas tomber dans la guimauve : « Et là normalement, tout un orchestre à cordes sort de derrière le rideau. Mais ils se sont perdus ! »

Avant de nous interpréter Les Papillons, Eicher nous demande d’imaginer une chanson avec « quand les poules auront des dents »…. Et bien, avec la musique, on peut tout faire, plaisante-t-il !!
Mais « Sans la mélodie, les paroles d’une chanson ne sont rien. Ce n’est pas de la poésie » lui répond modestement Djian.
« Pas d’accord, ce n’est pas une mélodie … Je fabrique des papillons … Cette chanson n’a pas besoin de moi ».
Eicher ajoute quelques sons, des courants d’air comme il dit. Laisse Djian parler. Le texte se déroule. Les deux voix se superposent sur le refrain, l’une chantée, l’autre non. C’est magique.

Eicher continu son voyage musical. « Depuis que j’ai 16 ans, j’ai un problème (enfin plusieurs je crois) … Je n’ai jamais eu de définition de mon travail. Jusqu’à une tournée au Viet-Nam, après 30 ans de communisme bizarre. Ils ont demandé à voir les paroles de mes chansons. On trouve toujours la personne de la police secrète : c’est la plus jolie fille qui parle toutes les langues ! Elle m’a dit : il ne faut pas chanter La Rivière, parce que c’est un hymne à la paresse. Donc c’est mon métier : faire des hymnes à la paresse !!
Et la tournée a été annulée parce que je l’ai chanté quand même. »
Et quelle belle chanson que celle de ce paresseux …

Pour Voyage, Eicher nous explique qu’ils ont une chanson qu’ils aiment bien tous les deux, mais pour laquelle il ne trouve pas la musique qui va bien. « Mais on va trouver ! » assure-t-il, plein d’espoir.
« Souvent Philippe me lit le texte et je cherche la musique, parce qu’il le lit mieux !! »
« Mais non Stephan, tu n’as pas d’accent !! » répond Djian. Et a nouveau le sourire est sur toutes les lèvres.

Il vont continuer sur Envollées.
Eicher se rassure « Mais de temps en temps, je trouve une très belle musique. J’ai reçu ce texte par mail à 15h. Je suis allé faire les courses, puis j’ai fait à manger et à 3h du matin, j’ai envoyé la musique à Philippe« .
Il va chuchotter pendant l’introduction « Mon texte préféré : Je suis une poussière… ».

Tous deux vont ensuite se donner de petites indications avant de commencer « Tu ne me dois rien ». Nous avons à nouveau cette merveilleuse sensation de partager leur intimité. Eicher va se lever et jouer debout pendant que Djian nous raconte véritablement ce texte. La musique quitte peu à peu le ton de la ballade pour devenir de plus en plus percutante et dissonante. Le ton monte, la musique aussi et le tout fini sur un crescendo et le noir. Seuls leurs deux visages vont rester éclairés. Superbe.

Pour le dernier morceau, Eicher nous dit avoir adoré ce texte, mais ne pas avoir trouvé la musique. « Alors j’essaie comme ça ». Monte une petite musique douce enregistrée, sur Pas Déplu, qui fini en un son plus rock et plus sombre. Et puis Djian prend la guitare et joue. Eicher le taquine « Mais tu sais jouer de la musique ? … Et c’est bien mieux ! ». Ils finissent en duo sur les paroles « …Tu es sûre de ta victoire… ».

C’est ici que va prendre fin le concert. Ils se présentent très simplement l’un l’autre. Saluent. Cabotinent un peu. Le public est debout. Partager ce moment à vraiment été fantastique.

Pour le premier rappel, Eicher nous explique que sur ce morceau, il a merdé la musique et qu’il a donc pris l’habitude d’aller s’assoir dans la salle pour écouter. « Mais là, il n’y a pas de place ! ». Sur ce, le public lui en trouve une. Il descend mais Djian lui fait promettre de revenir après. Il l’embrasse avant de partir et Djian nous interprète seul La voisine.

Va suivre The morceau (bien évidemment très attendu !). Eicher revient sur scène et reprend sa guitare. Lui dit « On a oublié quelque chose Philippe … » et Djian commence seul Déjeuner En Paix. Sa voix chaude s’élève dans le silence de la salle. Un vrai bonheur.
Eicher va partir dans un solo étonnant et complètement dissonant. Le public est debout et frappe dans ses mains. Il se lève, parti dans sa musique. Djian est aux anges. Ils se parlent tous deux à l’oreille le morceau se termine dans un tourbillon d’effets sonores. Le tout sous un tonnerre d’applaudissement et une standing ovation !!

Ils seront rappelés une seconde fois. Une partie du public est partie, mais les autres tiennent bon. Ils reviennent malgré la lumière rétablie dans la salle.
Pour cette dernière chanson, ils vont nous interpréter O Ironie. Puis vont nous remercier en nous applaudissant, avant de repartir tous deux la veste à la main.

Je pense que tout le monde aura compris que, pour moi, ce fut un véritable moment de plaisir. Merci à tous deux pour cette soirée, pour leur gentillesse et leur disponibilité à la fin du spectacle.
J’attends avec impatience ce roman dont nous avons eu la primeure des premières lignes.

Que du bonheur !!

Composition

  1. Durant un long moment
  2. Pas d’amis
  3. Derrière le mur
  4. Confettis
  5. Dis moi où
  6. Vipère
  7. Lecture des 2 premières pages du futur roman de Djan
  8. Tous les bars
  9. Les papillons
  10. Rivière
  11. Voyage
  12. Envolées
  13. Tu ne me dois rien
  14. Pas déplu
  15. 1er Rappel : La voisine
  16. Déjeuner en paix
  17. 2nd Rappel : O Ironie

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