06 novembre 2016 à 17:32

Utilisation de l’objectif 14/24mm f/2.8 en concert

Etalagiste : •

Avant Propos

L’argumentaire et les explications données sur cette page ne sont pas ceux d’un technicien de la photo, ou même d’un photographe ayant suivi le moindre cours. Entièrement pragmatique et expérimental, c’est mon simple retour d’expérience.

Et toutes les photos montrant les possibilités de l’objectif ont été réalisées avec un appareil Full frame, comprendre un appareil photo équivalent 24X36mm plein format. Si vous utilisez un appareil avec un capteur réduit, il faut tenir compte d’un facteur grossissant qui modifiera grandement les capacités ici décrites.

Présentation générale

On parle ici de l’objectif 14/24mm f/2.8 de chez Nikon. Sauf erreur, au moment de la rédaction de ce texte, seul Nikon produit cet objectif !

C’est un gros bébé de 1kg, d’une longueur de 13 cm et d’un diamètre de quasi 10 cm. En d’autres termes, c’est un objectif imposant qui, de plus, ne passe pas inaperçu avec sa lentille avant bombée !

Objectif à la focale très très courte, il permet d’obtenir de superbes plans larges. A moins de 50cm, vous avez un artiste de plein pieds dans votre viseur ! Mais forcément, avec de la distorsion, il déformera les lignes, apportant autant de dynamisme si c’est utilisé à bon escient.

Lourd, je trouve que monté sur un Monobloc Nikon on obtient malgré tout un certain équilibre des masses. On se sent à l’aise, avec juste ce qu’il faut entre les mains pour ressentir le poids et avoir ses muscles sous tension.

Tropicalisé, comme tout objectif pro qui se respecte, l’objectif se rigole des gouttes d’eau ou de bière. Le mien a déjà eu droit aux deux et ne s’en porte pas plus mal !

Le 14-24mm f/2.8, un gros bébé

Le 14-24mm f/2.8, un gros bébé – ©Nikon

Sa présence parmi les photographes de spectacle

Je dirais que, globalement, il est assez absent de cette catégorie photographique. A la louche, je dirais qu’un photographe régulier en concert sur 30 ou 40 possède cet objectif.

Cela s’explique tout d’abord par son prix neuf, se situant dans une fourchette entre 1800 et 2000 € (selon la boutique). Mais il existe de belles ventes en occasion sur les forums spécifiques et largement de quoi l’avoir pour environs 1000€, ce qui reste tout de même une somme ! Nous avons effectivement, à ce prix du neuf ou de l’occasion, l’objectif 70/200mm f/2.8 beaucoup plus passe partout et donc largement plus prioritaire. C’est donc d’abord les photographes fortunés ou ceux des agences qui l’utilisent majoritairement, ou alors les photographes qui ont particulièrement envie de faire des images différentes des autres.

Son coté extraordinaire étant principalement entre les focales de 14 à 20 mm, il vous faut obligatoirement un appareil Full Frame pour en profiter, sans coefficient de focale. Cela alourdit d’autant la note, un appareil « bon marché » ne permettant pas d’avoir le capteur suffisant.

Enfin, son utilisation est très spécifique. Il est loin d’être utilisable à chaque concert et son rendu à part n’est pas celui recherché prioritairement par les médias papiers.

Mon utilisation en concert

Très particulier et probablement sous estimé en concert (on le range plus facilement dans la catégorie des objectifs de paysage), ce gros objectif reste pour autant un moyen très efficace d’avoir un rendu global très dynamique d’une scène.

J’y vois plusieurs utilisations, selon le type de scène, d’artistes et de lumières.

  • Petite Salle : si le groupe est dynamique et saute de partout, alors il y a de quoi donner des images hors normes de très près, collé à la scène ! Jouez alors avec les déformations, pour rendre une image modifiée juste ce qu’il faut, sans exagérer. Je me suis, par exemple, beaucoup amusé avec lui sur le concert de Audrey Horne !
  • Grande Salle : là, l’idée est d’avoir toute la scène et si possible les décors dans une seule image. Le top généralement, c’est de se coller aux crash barrières, de croiser les doigts pour qu’aucun photographe ne zone devant vous et de recroiser les doigts pour que, sur scène, il y ait un moment magique. Quand tout marche, l’image est top !
  • Concert sans lumière : quand le portrait est quasi impossible, faute de lumière, alors ce très grand angle permet de choper une image générale qui, bien souvent, rend hommage au concert. On y verra peut être trop d’ombres ou trop de fumées mais, en jouant alors un peu sur les curseurs en post-production, on peut accentuer son effet et avoir un résultat relativement esthétique.
  • Quand on a vu et revu le même artiste : à un moment, on veut d’autres images et alors, le 14/24 est l’arme absolu pour autre chose que du portrait !
  • Enfin, c’est selon le feeling : il y a des cas particuliers où on sent que l’on peut sortir une image fabuleuse. Il faut essayer. Parfois ça marchera et parfois on rentrera avec des images très moyennes, ou trop bizarres.

Gardez bien en tête que ce caillou n’a rien à voir avec un objectif fish eye qui, même si lui aussi a une très courte focale, va fortement déformer les lignes hors du centre. Un fisheye est donc pour une utilisation encore plus spécifique et surtout un rendu complètement irréaliste, mais assumé.

Mon idée du réglage du boitier pour cet objectif

Tout d’abord, c’est un monstre de lumière et de piqué à pleine ouverture. Il n’y a AUCUNE raison de le fermer, quitte à préférer gagner un peu de vitesse ou des ISO. Le gain en profondeur de champs n’a pas vraiment d’intérêt, à 14mm on a rapidement au moins 30 cm de profondeur est c’est largement assez, voire déjà trop !

Niveau vitesse, si on peut tenir le 1/200ème c’est top, mais même moins rapide, jusqu’à 1/100ème on garde une belle image. En effet, on est encore bien trop rapide pour le flou de bougé, probablement plus critique vers 1/10. Et même si, sur scène, tout le monde a la bougeotte, ou même si c’est le plan large d’un unique artiste, l’image étant globale on ne cherchera pas un piqué hors norme, voire même ça donnera plus de vie à l’image. C’est d’ailleurs cette capacité d’être bon à faible vitesse qui fait que, même dans des conditions catastrophiques de lumière, on peut choper des chose en dopant (mais pas trop les ISO).

Niveau focale, son côté hors norme est surtout à 14mm et c’est là qu’il faut en « abuser ». Si on commence à rester autour du 20mm, alors il faut peut-être plutôt se pencher sur le 24/70 mm, plus passe partout.

Ses limites et quelques critiques

Globalement, c’est son imagination et sa propre créativité qui donneront ses limites.

Malgré cette grosse lentille à l’avant, qui semble exposé au moindre choc, en plus de 4 ans je n’ai jamais rien eu à déplorer. Et cela même en naviguant dans les premiers rangs des petites salles. Il n’y a donc aucune limite au niveau ambiance, sauf vraiment à chercher la bagarre avec lui, au coeur d’un pogo 😉

Plus concrètement, il perd de son intérêt sur des hautes scènes sans moyen de se reculer. Car alors, soit on doit avoir un angle qui déformera très fortement l’artiste, soit on aura une solution, mais les enceintes de retour risquent d’être gênantes.

Plus globalement et quelques soit la scène, tout élément périphérique au concert comme les micros, les enceintes et autres fils seront forcément de partout sur l’image. C’est un piège et il faut jouer avec, ou accepter de laisser l’objectif dans le sac.

Au niveau des critiques de l’objectif en lui même, on pourrait reprocher le bouchon qui a tendance à se barrer de l’objectif dès qu’il le peut. Il est très courant qu’en le sortant du sac, lui décide d’y rester. Et c’est toujours un peu stressant, même s’il y a pire dans la vie.

Ce bouchon est ensuite assez imposant. Perso j’arrive à le mettre dans une poche arrière de jean, ou dans une poche de chemise, mais c’est autrement plus imposants que les autres bouchons. Pour autant, il faudra le garder sur soi pour vite protéger la lentille dès qu’on n’utilise pas l’appareil, donc à chaque déplacement pour le cas où. Ne pas oublier que c’est un bébé à près de 2000 € ! Il serait donc dommage de bêtement l’envoyer en SAV pour une douloureuse qui coûtera très rapidement.

Il semble enfin assez courant que la bague de changement de focal ait un ou deux points un peu dur. Rien de dramatique, mais je le constate sur mon modèle et diverses lectures ici et là, tendent à me faire croire que c’est tout à fait commun, voire même toléré. Je dois dire que c’est ainsi depuis 3 ans et que ça ne m’empêche absolument pas de l’exploiter !

Quelques exemples de photos

Bilan Sucré-Salé

Côté Sucre

  • Comme il faut cumuler un appareil Full-Frame et cet objectif pour avoir, en concert, des photos avec une focale de 14mm, il est finallement assez rare d’avoir ce genre d’image. Ce qui rend votre travail plus unique face aux autres photographes présents.

Côté Sel

  • L’objectif étant si atypique et son rendu à part, il faut savoir l’utiliser avec parcimonie pour ne pas lasser l’oeil.
  • Investissement important.

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